Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 16:26

Folio 67 Oméga

 

 

Pascal Meier, Oméga (page finale), folio 67.

Tempera, or en feuille, encre sépia et eau de noyer sur papier d'Arches,

format : 390 x 260 mm.

Extrait de L'Apocalypse de Jean enluminée (droits réservés).

 

 

L’Oméga, qui clôt les visions de l’Apocalypse comme annonce de la fin du monde tel qu’il existe, est ici orné de l’espérance de la Résurrection, de la glorification du « corps » qui resplendira de la présence de lumière de Dieu, non plus comme un mystère, mais dans sa réalité.


On raconte qu’en Orient, il existe un oiseau au bec très dur, qui par son sifflement, défie et invite le serpent à lui livrer bataille. L’oiseau recouvre de terre les pierres précieuses qui habillent son plumage afin de mieux tromper son adversaire. Sous cet aspect humble, l’oiseau amène le serpent à se montrer négligent. Confiant, ce dernier vient près de l’oiseau, qui tenant sa queue devant sa tête comme un bouclier, attaque dans un premier coup de bec vigoureux la tête du reptile. Celui-ci, déconcerté et étourdi, se voit transpercer la cervelle par un deuxième coup de bec.


Tout comme cet oiseau cache les pierres précieuses que la nature lui a si généreusement prodiguées, le Christ a dissimulé sa nature divine en prenant corps à la nature humaine. De sorte que par son incarnation, le Christ s’est revêtu de l’ « impureté » de notre chair, afin que ce pieux stratagème abuse le « Malin ». Tout comme le bec de cet oiseau tue son ennemi, le Christ « tuera les méchants par le verbe de sa bouche » : nous dit l’Apôtre.


Le récit de cet oiseau est symbolisé dans cette miniature par deux paons se trouvant aux extrémités de l’Oméga. On peut voir le bec des deux paons percer la tête des deux serpents, les queues redressées au-dessus de leurs têtes et leurs pattes ressortir des entrelacs qui forment leurs corps. L’ornementation intérieure de l’Oméga est composée du pelage sous forme d’écailles des serpents et du plumage si spécifique des paons.


Aux yeux des Romains, la beauté du paon rappelait l’idée de la gloire la plus haute et l’emblème de l’incorruptibilité. Cette incorruptibilité fabuleuse du paon fut reprise par saint Augustin dans son ouvrage la Cité de Dieu (L. XXI, 4). Souhaitant mettre cette croyance à l’épreuve, saint Augustin se fit servir du paon rôti lors d’un dîner à Carthage. Il ordonna de réserver les magrets. Après trente jours, il découvrit que la chair ne sentait pas, et qu’au bout d’une année, celle-ci n’était qu’à peine desséchée. Dans ses Etymologies, Isidore de Séville a aussi codifié cette ancienne croyance en parlant de la chair si coriace du paon qu’elle ne pouvait se putréfier. Le paon symbolisera donc pour le Chrétien l’incorruptibilité de la chair même du Christ, lui qui naquit sans le moindre péché. Puis selon une origine orientale, la queue en éventail du paon s’identifiera par analogie aux cieux étoilés, qui dans la symbolique chrétienne sera comprise comme l’emblème du paradis et de l’immortalité. Immortalité qui conduit à la résurrection de la chair, à la restauration post mortem de tout homme.


Selon saint Antoine de Padoue : « A la résurrection générale, en ce jour où tous les arbres, c’est-à-dire tous les saints commenceront à reverdir, ce paon - qui n’est autre que notre corps – débarrassé des plumes de la mortalité, recevra celles de l’immortalité. » (Sermon pour la férie, 5è ap, la Trinité in Louis Charbonneau-Lassay, Le Bestiaire du Christ). Dans cette miniature, ne voit-on pas trois arbres étincelant de rubis, de saphirs et d’émeraudes ? Arbres qui symbolisent la vie de tout homme sanctifié et dont les fruits précieux se traduisent par ces joyaux.


Au pied de l’arbre, qui se trouve au sommet de l’Oméga « géant », deux têtes de paon sont insérées dans l’entrelacs. L’un penche sa tête et boit le calice où dépassent deux grappes de raisin - fruit de la Vie - pour bien signifier son contenu, l’autre incline sa tête et tient dans son bec l’ « hostie » ronde avec en son milieu une croix rouge dessinée, signe du pain consacré en véritable corps du Christ. Répond à cela deux anges au bas de l’image. Ils tiennent l’ « hostie » et le calice consacrés par l’Esprit Saint sous la forme traditionnelle d’une colombe rattachée à l’Oméga comme un ornement. Le pain et le vin consacrés sont cette Eucharistie célébrée par deux anges qui rappellent son origine céleste dont le Christ lui-même a donné à ses disciples lors de la sainte cène. Ce chant orthodoxe du six juillet dédié à saint Serge de Radonège nous renvoie à ce qui vient d’être dit : « (…) Réjouis-toi, qui fus digne d’avoir les anges pour concélébrants au moment de la Divine Liturgie, réjouis-toi, qui devins alors tout entier comme du feu » (cit. tirée de l’ouvrage de Michel Quenot, Du Dieu-homme à l’homme-dieu). Ne voit-on pas non plus par ces deux paons, l’un buvant à la coupe eucharistique et l’autre consommant l’ « hostie », le caractère double d’emblème d’incorruptibilité de la chair et d’immortalité en buvant le calice du salut en vue du Royaume éternel ? N’est-ce pas ce que tout prêtre, tout comme l’a été saint Serge de Radonège, souhaite au plus profond de son cœur au communiant quand il lui remet l’ « hostie » consacrée en lui disant : « Voici le corps de notre Seigneur Jésus-Christ, qu’il garde ton âme pour la Vie éternelle. Amen ! » Et ce vif souhait du prêtre ne se base-t-il pas sur la promesse du Christ : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la Vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour ! » (Jn 6, 54). Les deux paons qui se nourrissent et boivent les « espèces consacrées » sont les symboles de l’aspiration de tout chrétien à la Vie éternelle qui est sa suprême espérance.


Symbole de résurrection, le paon est à l’image du Christ sorti victorieux de la mort et dont nous sommes appelés à suivre. Ce paon, qui est ici représentation emblématique du Christ comme le premier des ressuscités et comme le principe de toutes les résurrections antérieures et postérieures à la sienne propre, comme l’homme parfait, juste et saint qui n’est corrompu par aucun vice, donne la possibilité à l’humanité de briller à nouveau de l’éclat varié des vertus à l’image des plumes du paon et de mettre en fuite le « Malin » par sa prière semblable au chant de cet oiseau qui chasse le serpent.

Partager cet article
Repost0

commentaires

claire 12/11/2016 08:45

merci pour cette article, je cherchais des informations sur la symbolique du paon, et suis sensibles aux enluminures, et je tombe sur cela ,en choississant votre image sur google. Je porte un Omega sur moi et je crois l'image du paon beaucoup ces temps ci. Cette enluminure est fabuleuse en tout cas, merci!

seo toronto 19/12/2014 13:31

En raison de leur coût relativement faible, la facilité de fabrication, la polyvalence et l'étanchéité à l'eau, les matières plastiques sont utilisés dans un énorme et l'expansion gamme de produits, des trombones aux vaisseaux spatiaux.

medium.com 06/10/2014 11:20

Omega la dernière lettre de la alphabetis grec souvent utilisé pour désigner la dernière, la fin ou la limite ultime d'un ensemble, contrairement à l'alpha, la première lettre de l'alphabet grec.

windows outlook help 07/08/2014 15:00

I do believe in these things, but at times I do doubt about the authenticity or you may say that, the anxiousness I have, whether these things really are going to happen. I am so confused at times.

Présentation

  • : Miniature - Enluminure - Icône
  • : Images, articles, documents sur l'art pictural médiéval : byzantin, mozarabe, roman, gothique
  • Contact

Recherche

Liste Articles

  • Oecuménisme pour la Semaine Romande de Musique et de Liturgie 2017
    Miniature "Oecuménisme dans l'Esprit Saint" Dans ce cadre : atelier "miniatures et enluminures", semaine du 10 au 16 juillet 2017 Inscrit dans une rosace quadrilobée rappelant la croix, l’Esprit Saint figuré par la colombe d’une blancheur éclatante,...
  • Extrait de mon prochain écrit : "Heureux les vainqueurs dans l'Apocalypse"
    Pascal Meier, Au vainqueur, je donnerai à manger de l'arbre de vie, folio 7b tempera, or en feuille et eau de noyer sur papier blanc narcisse vélin Richard de Bas, format : 240 x 300 mm (droits réservés). « Au vainqueur, je donnerai à manger de l'arbre...
  • Pascal Meier : commentaire sur la Jérusalem céleste
    Pascal Meier, la Jérusalem céleste, folio 64. Tempera, or en feuille, eau de noyer sur papier d'Arches, format : 420 x 420 mm. Extrait de L'Apocalypse de Jean enluminée (droits réservés). " Puis je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle ; car le premier...
  • Pascal Meier : deux icônes sur rondin
    Icône du Sauveur à l'oeil ardent Pigments avec liant gouache et tempera sur bois. 1998 Icône de la Mère de Dieu Pigments avec liant gouache et tempera sur bois. 1998
  • Pascal Meier : peindre les Beatus, les étapes pratiques
    Pascal Meier, La félicité des élus dans la nouvelle Jérusalem (Ap 22, 1-5), folio 65. Tempera et eau de noyer sur papier d'Arches, format : 460 x 295 mm. Extrait de L'Apocalypse de Jean enluminée (droits réservés). Chaque étape pratique correspond à une...
  • Patrick Ringgenberg : peindre la lumière
    La Transfiguration Théophane le Grec, Ecole de Moscou, vers 1403. Galerie Tretiakov. Source de l'image : Wikimedia Commons. Plus que le dessin ou même la couleur, le fondement à la fois technique et symbolique de l’icône est la lumière. La première lumière,...
  • Patrick Ringgenberg : le peintre, entre l'art et le Christ
    Saint Luc peint une icône de la Vierge. Peintre inconnu, Russie, début 15e siècle. Source de l'image : Wikimedia Commons Des premiers siècles jusqu’à la synthèse byzantine des Ve-VIe siècles, l’histoire de l’art chrétien peut être lue comme un enfantement...
  • Egon Sendler : l'icône, patrimoine de l'Eglise indivise
    Conférence donnée à Paris en janvier 2012 Anastasis - La Résurrection Atelier Saint-André du Père Igor (Egon Sendler) Le temps n’est plus, heureusement, où la méconnaissance pouvait se teinter de mépris entre les chrétiens d’Occident qui jugent l’art...
  • Pascal Meier : l’Agneau de Dieu dans l’Apocalypse
    Conférence du 18 juillet 2010 à la chapelle des Pénitents lors de l’exposition à l’Abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne Pascal Meier, Victoire de l'Agneau (Ap 17, 14), folio 52. Pigments avec liant gouache et encre sépia sur papier d'Arches, format :...
  • Pascal Meier : commentaire sur l'Oméga
    Pascal Meier, Oméga (page finale), folio 67. Tempera, or en feuille, encre sépia et eau de noyer sur papier d'Arches, format : 390 x 260 mm. Extrait de L'Apocalypse de Jean enluminée (droits réservés). L’Oméga, qui clôt les visions de l’Apocalypse comme...